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Témoignage de son ami co-équipier du Team Motorhino : Stef Bovin

Stef Bovin raconte le team Motorhino

« Il faut vivre vite, la mort vient (trop) tôt……
Que je le crains ce moment, me retrouver seul devant mon clavier pour relater ses 34 années d’amitié avec Bertrand, mais je ne peux et ne veux pas ne pas partager ces moments qui m’ont marqué à vie, tels ces tatouages et cicatrices éparpillés sur mon corps.
Cette amitié a débuté le 3 mars 1985 sur le circuit de Magny-cours, où je participais à ma première course.
Je passe sur le fait que j’avais fait la pole et que j’avais chuté au tour de chauffe pour la finale et foutu un bordel monstre en frappant un officiel qui m’empêchait de prendre le départ, bon , il y a prescription.
Mais revenons à cette rencontre, je vous fais le tableau.
C’est dimanche soir, il pleut, limite il neige, on se caille grave, je bois un thé avec ma femme et des ami(e)s sous une bâche en plastique accrochée à l’arrière de ma 4L fourgonnette.
La, deux zigotos, arrivent, coiffés avec les pieds du réveil. Sur le coup, je pensais que c’était des jumeaux, ils se présentent, Vincent et Bertrand Sebileau et demandent de l’aide pour démarrer leur 504 Pigeot.
En moins d’une minute, je trouve la panne et les convie à venir prendre le thé dans mon hospitality de fortune.
Et là … un truc se passe, comme si ces deux frangins faisaient partis de ma famille, comme si on se connaissait depuis toujours.
La soirée à discuter de moto, d’anecdotes, à manger des pâtes et bien sûr ils avaient entendu parler de mon coup de folie.
Je me rappelle comme si c’était hier, Bertrand qui me sort : c’est les grands pilotes qui tombent au tour de chauffe !!! un marrant le Bertrand.
Bien sûr tout le reste de la saison, nous nous trouvions jamais trop éloignés dans le paddock, moi avec ma 4L « Camping-car » à changer le vilo de mon Aspes et eux sous leur tente berbère, à toiler les cylindres « serrés » de leur 350 RDLC, de vrais manouches.
Pour la saison 86, nous créons le Team Motorhino avec Patrick Doumas et les frangins. Il fallait nous voir avec nos combis Dalton et les motos jaunes et noires, on trustait les podiums dans toute les catégories..
En 88, les Sebils veulent faire le bol avec une 500 RG !!!
Ah, oui, avant que j’oublie, le gros défaut des frérots c’était l’espace-temps.. Comment dire !!! Un décalage horaire chronique, pour toi c’est lundi 18 février 9h46, pour eux c’est l’hiver, juste l’hiver, pas de jours, et encore moins d’heures, toujours à la bourre. Le côté africain où Bertrand a vadrouillé quelque temps avec sa 500XT, sûrement…
Donc, pour ce bol 88, ils partent de Paris à bord de leur camion Mercedes, plus déglingué que celui de Louis Luc-Maisto… Direction le Ricard avec trois jours de retard à tel point que Vincent finit le rodage (les 300 derniers kms) en descendant par la route avec la Suz.
Pour 89, ils veulent faire les 24h du Mans, toujours avec la 500 et toujours avec des semaines de retard sur la préparation de la machine.
Encore une anecdote Sebileau Brother’s : ils ont un pote sur Paris qui a une magnifique villa « pavillon » comme ils disent à Paname et surtout un top garage. Putain, rien à faire, toujours un problème avec ces deux-là, on arrive le deuxième jour devant chez leur pote (3 jours avant les 24h !!!) et là, toute les pièces, carénages, motos et outils étalés sur le trottoir !!!! Leur « pote » venait de s’embrouiller avec sa femme, et petit détail !!, la piaule était à sa sympathique épouse….
Ça c’était du Sebileau tous craché, toujours un blême au dernier moment mais toujours une fin au top ou presque au top.
Pour ces 24h du Mans 1989, la 500 RG Team Motorhino jaune et noire était 9ème à 4h du matin et sur le sec !! La boite casse, les potes mécanos, dont mon fidèle Pounet, changent les chicots et on rallie l’arrivée 19ème. Très bon moment et très grande fierté quand les frérots m’avouent qu’ils ne pensaient pas que je pouvais avoir leur rythme et que j’ai su les faire mentir.
Les années suivantes, perso je raccroche le cuir mais Bertrand passe très souvent à la maison, soit pour des essais Moto Journal ou des entrainements et voit grandir Marine, notre fille.
« Allo, Stef, c’est Bertrand, écoutes j’ai un essai MJ dans le Sud, je pars dans 5mn de chez moi et j’arrive, j’apporte le vin, à toute, embrasse les filles…. »
Moins de 4h00 plus tard j’entends une moto au portail, je suis sous la douche, j’y crois pas…
Il a fait paris (78) chez moi, Aix en Provence, 793 kms en moins de 4h !!!! Et en plus, il a pris le temps de se rouler une clope et faire une multitude de pleins.…
Tiens encore une petite pépite, quand on courait avec nos combis Segura Motorhino, il y avait des coquilles aux genoux dans des petites poches, nous les avions retirées car cela pouvait nous blesser en cas de chute, et bien Bertrand et moi avions pour habitude dit mettre nos paquets de tabacs, feuilles et briquets, comme cela en cas de chute ou de casse, ce qui arrivait assez souvent, on finissait de regarder les courses avec une clope au bec, trop bon…
Il me demande de le suivre dans l’aventure Ducati pour le Bol, puis quand il pilote pour Kawa. Mais je lui avoue que je ne trouve pas ma place et me fait pas mal chier à le panneauter sur une course de 24 Heures.
En 2003, il descend avec une Z1000 pour les reconnaissances du Moto Tour.
Il me demande de venir avec lui sur ces deux jours, je me fais prêter une bécane et nous voilà partis pour parcourir les petites routes provençales à un rythme de sénateur et découvrir les joies de la nature, en gros, on envoie du gros gaz et on frôle la mort à chaque virage, mais tranquille ….
Du coup, voyant que je ne suis pas trop un manche sur la route, il me propose la tâche à la con de suiveur et porteur « d’eau » pour le Moto Tour et comme je suis assez con pour dire oui et bien je dis oui…
Je le rejoins chez lui la veille du départ de cette course sur route ouverte où une Z1000 flambante neuve m’attend avec comme particularité d’avoir deux énormes sacoches qui pendent de chaque côté du brélon vert.
Ce fut une des missions les plus dures pour moi, être présent au plus près de Bertrand, sans chuter, sans me pommer… J’ai mis du gaz souvent en fermant les yeux, en hurlant, « on va mourir, on va mourir ».
A la première spéciale, sur le circuit du Mans, il tombe au tour de chauffe !!! Tiens tiens !!! Je peux vous dire qu’il a eu sa belle phrase dans la gueule, « c’est les grands pilotes qui tombent au tour de chauffe, du con… »
Anecdote : je me souviens d’une bourre de chez bourre avec les plus grands, Bonhuil, Nuques, de Radiguez, Rogier, Sarron etc… et bien sûr Bertrand. On descendait sur Issoire, on sortait d’une route de merde et là on tombe sur THE route, goudron au top, virages taillés masse, et là je ne sais plus qui envoie en premier mais on est descendu comme des bargeots, mes sacoches touchaient dans chaque virage, à me soulever l’arrière de la Z1000. On arrive en bas après avoir perdu un ou deux pilotes (chutes mais sans gros bobos) et là un mec arrive et nous dit : vous avez vu, il neigeait…. On s’est tous regardé et on a éclaté de rire, on venait de comprendre pourquoi ça manquait un tout petit peu d’adhérence….. Un putain de bon moment avec ses gaziers.
Dans la spéciale de nuit Bertrand chute et casse le moteur de sa Kawa, on plie les gaules et on rentre en camion.
Sur le retour il me dit : putain j’ai une idée (là je me dis et merrdddeee) pour 2004, on engage deux ZX10 avec des grands guidons et on y va pour la gagne, ça te branche Stef ???
Bien sûr que ça le branche le Stef, et Bertrand travaille sur le projet tout en continuant à participer au 24h et bol.
2004, il m’appelle le lendemain du Bol d’Or, on doit se voir pour cette histoire de Moto Tour, il revient de Magny-Cours avec sa kawa, et oui il allait très souvent en moto sur ses courses. Certains se souviennent d’un mec en train de faire le plein de sa moto au retour des 24h du Mans, la coupe sanglée sur son sac accroché à la selle. C’est Bertrand qui vient de gagner pour la seconde fois les 24h, de la bombe ce Bertrand..
Donc ce lundi, on convient d’un rdv , et ce fut la dernière fois que j’ai pu parler à Fast Sebil, dix minutes après ce coup de fil, il enfourche sa Kawa, sort de chez lui, emprunte cette route qu’il parcourt chaque jour et ce fracasse contre l’unique rocher qui se trouve dans ce champ labouré, en ayant d’abord coupé en deux un arbre.
Il ne se relèvera pas le Fast Sebil de cette chute, mais Bertrand, lui, reviendra doucement de ce coma.
Il est à Garches, un hôpital spécialisé dans les traumas, bien sûr je suis monté dès qu’il est revenu dans notre monde et on a roulé nos clopes et bu des bières sans alcool, entourés de gamins bien amochés, pas top l’endroit, surtout quand tu repars en moto, j’ai pas roulé bien vite pour rentrer…
Mais bon, les mois passent et Bertrand vit à sa vitesse qui n’est plus celle de Fast Sebil et il l’en est bien conscient.
On le fait revenir sur les circuits, il devient le parrain de course de Marine, il vient à la maison de temps en temps, a des hauts et des bas, passe voir les Protwinneurs à chaque fois à Carole et depuis quelque temps se déplace avec une petite moto sur Paris.
Je vais le voir dans sa maison à l’ouest de Paris, qu’il est fier de me faire découvrir, avec ses chats et ses fleurs qu’il aime voir pousser, me demande de lui faire un escalier bien compliqué, mais je le fais avec grand plaisir, on s’appelle souvent… Il voudrait revenir bosser à MJ et lâcher son boulot chez Kawa.
Enfin la vie continue, tranquille, puis le 6 septembre dernier…
« Salut Stef, c’est Bertrand, Bon anniversaire », et moi je lui rétorque bonne fête (c’est la St Bertrand et mon anniv) « tu vas bien, les filles ça va ? bon j’ai un cancer généralisé et je n’ai plus que 6 mois à vivre au mieux….. »
Je suis effondré… et il me dit tout simplement « c’est bien, au moins je sais quand je pars mais faut que je me bouge je veux écrire un bouquin sur mon parcours et j’ai calculé que ça va faire short, bon allez, embrasses les filles……… »
Ce « bon allez embrasses les filles » ils me le dit depuis que Marine est née, cette phrase résonne dans ma tête, je pleure sur mon clavier…
Bertrand tu pars comme tu as vécu, vite, trop vite…
Tu nous manques à la maison
Et ce jeudi soir avant de me coucher je dis à Néné : demain j’appelle Bertrand, et vendredi matin je suis tombé sur ta messagerie, je t’ai laissé un message… tu étais parti quelques heures plus tôt…
Toi qui m’as toujours habitué à être en retard, et là tu me fais le coup d’avoir de l’avance sur le temps.
Je t’aime, on t’aime Bertrand, tu resteras Bertrand Sebileau dans mon cœur, nous avons les mêmes initiales, le 6 septembre est une date pour tous les deux et surtout nous avons cette amitié qui nous unie mon ami, mon très grand ami….
J’embrasse les filles de ta part… Promis mon ami … »
Stef Bovin

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